19 août 2007
Le haïku
Définir le haïku concrètement n'est pas simple, différents courants de pensée s'affrontent, au niveau international, et d'imposantes listes de conseils, parfois contradictoires sont légions. Mais tout le monde est d'accord sur un point : Le haïku est un court poème d'origine japonaise. Comme tout poème, il fait donc partager des émotions, des sensations, des impressions.
Dans le Japon médiéval, la poésie était un art. Dans les cours des shoguns, on récitait des poèmes. Le haïku tire de son origine le tanka (poème court de 31 syllabes sur 5 lignes qui a fleurit au cours de la période Heian entre 794 et 1192, le tanka classique est considéré au Japon comme la forme la plus élevée de l'expression littéraire).
Le haïku souvent appelé haïkaï ou hokku comporte traditionnellement 17 syllabes sur seulement 3 lignes, comportant respectivement 5, 7, 5 syllabes.
Donc très court mais très évocateur ils sont intuitifs : un moment de la vie, un instant de nature
Le terme haïku a été créé par Shiki Masaoka (1867-1902) mais le père de cette littérature est Bashō Matsuo qui est connu comme le premier grand poète de l'histoire du haïku (1644-1694), ce qui signifie que le haïku est né au XVIIème siècle.
Ses haïkus sont quelques fois un peu théâtraux, mais la plaisanterie,
la mélancolie sont présentes, tout en rappelant la grandeur de la nature
et l’aspect éphémère de l’homme.
Voici un haïku célèbre :
Sur une branche morte
Les corbeaux se sont perchés
Soir d'automne
Presque tous les japonais connaissent quelques haïku des plus grands poètes.
Le haïku ne se contente pas de décrire les choses, il nécessite le détachement de l'auteur. Il est comme une sorte d'instantané. Il n'exclut cependant pas l'humour, les figures de style, mais tout cela doit être utilisé avec parcimonie. Il doit pouvoir se lire en une seule respiration. À voix haute, de préférence. Il incite à la réflexion. C'est au lecteur qu'il revient de se créer sa propre image.
Mais ce n'est pas la seule règle que doit respecter un haïku, car il lui faut contenir un kigo (mot de saison), c'est-à-dire une référence à la nature ou un mot clé concernant l'une des quatre saisons. Notons qu'au-delà des quatre saisons traditionnelles, le jour de l'an est très important et peut être considéré en haïku comme une saison à part entière. Bien entendu, si la saison peut être nommée, le cadre poétique impose le plus souvent de l'évoquer. Cerisier en fleurs pour le printemps, vol de hannetons pour été, etc. Mais « pleine lune », qui ne peut être rattachée à une saison en particulier, constitue également un excellent kigo. Au Japon, des livres spécialisés recensent les expressions les plus courantes pouvant être utilisées comme kigo. Ceux-ci sont généralement placés dans le premier vers.
Quand le haïku ne contient pas d'élément indiquant la saison, on l'appellera un moki.
Les règles étant faites pour être transgressées, il n'est pas rare de trouver, même chez les classiques, des haïkus ne répondant pas à ces règles. Mais de l'ensemble doit se dégager ce que certains appellent un « esprit haïku », indéfinissable en tant que tel. Il procède du vécu, du ressentir, de choses impalpables. Généralement, la structure court-long-court est conservée. Cela dit, la structure 5-7-5 est encore la plus courante.
Les haïkus avec une syllabe en moins sont parfois tolérés. Toutefois, au-delà de 17 syllabes, le verset n'est plus considéré comme un haïku.
Le senryū est une forme de poésie similaire mais qui met l'accent sur l'humour au lieu de la nature, et où l'auteur se met plus facilement en avant. Il est généralement plus léger que le haïku. Le kigo n'est pas nécessaire pour écrire un senryû.
Le haïku fait partie de la culture et du patrimoine japonais.
Les occidentaux connaissent souvent ce qu’est un haïku, mais pour eux il n’aura jamais la même sensibilité ni le même zen.
Chez nous, la principale difficulté pour les haïkistes français est de retrouver une notion de flou qui est plus appropriée à la langue japonaise, qui n'utilise pas autant d'articles ou de conjugaisons que le français. Des débats ont également lieu pour tenter de donner des pistes sur la ponctuation. Des tirets, des espaces ou signes d'ondulation paraissent le mieux s'approcher de la façon d'écrire très sobre des japonais.
Chacun Peut faire des haïku, mais ne pas essayer de copier, surtout rester en phase avec soi-même, dans sa pensée.
18 août 2007
Le Penseur
Le Penseur est l'une des plus célèbres sculptures en bronze d'Auguste Rodin. Elle représente un homme en train de méditer, semblant devoir faire face à un profond dilemme. Son anatomie puissante traduit une concentration intérieure si intense que l'oeuvre est devenue le symbole universel de la pensée humaine.
Auguste Rodin, sculpteur français né le 12 novembre 1840 à Paris et mort le 17 novembre 1917 à Meudon. Autodidacte, Rodin révolutionne la sculpture : par l’expressivité des formes, il rejette les codes de l’académisme (Nijinski, 1911) ; par de nouveaux processus de réalisation des œuvres, comme l’assemblage, le démultiplication ou la fragmentation, il pense autrement la sculpture, non comme représentation d’un être humain, mais comme l’expression d’un sentiment ou d’une idée (La Pensée, 1886-1889).
Praticien chez divers sculpteurs, il se fait remarquer la première fois avec L’Age d’Airain en 1877, et reçoit trois ans plus tard la commande de La Porte de l’Enfer, à laquelle il travaille jusqu’à sa mort, imaginant pour elle ses figures les plus célèbres (Le Penseur, Fugit Amor...). Il obtient par ailleurs de nombreuses commandes de monuments publics (Les Bourgeois de Calais, 1884-1895) ; certains reçoivent un très mauvais accueil, comme le brutal et primitif Balzac (1891-1898).
Rodin est également un portraitiste exceptionnel, capable de suggérer dans le marbre le génie créateur (Hugo, 1883), ou la psychologie du modèle, souvent figuré comme émergeant du bloc. Dessinateur époustouflant de modernité, l’artiste jette sur le papier ses cauchemars et fantasmes avec la plus grande liberté d’exécution : sa pratique des collages, à mi-chemin entre dessin et sculpture, anticipe de 50 ans les gouaches découpées de Matisse.
Rodin obtient un immense succès et fait vivre plusieurs ateliers dans lesquels travaillent de nombreux élèves et praticiens, dont Camille Claudel, amante et inspiratrice. Peu avant sa mort, il fait don à l’Etat de son hôtel particulier et de son atelier, afin de les transformer en musée.
Revenons au sujet concerné : la statue ! Cette oeuvre, d'une célébrité mondiale, est sans doute l'un des sommets de l'art de Rodin. Elle n'a pas été créée comme une figure isolée mais pour faire partie de la porte monumentale dite Porte de l'Enfer que l'État lui commanda en 1880 pour le futur musée des Arts Décoratifs à Paris. A l'origine, la statue aurait pu s'appeler "Dante" ou le "Poète", qui devait donc être placé au dessus d'une série de condamnés sculptés en bas relief, en méditation sur leur sort, d'où la position de la statue. Un bref regard suffit à comprendre l'importance de cette méditation où le personnage semble être imperturbable et perdu dans les profondeurs de son âme.
Le Penseur domine la Porte de l'Enfer où il personnifie Dante Alighieri, le poète italien auteur de la Divine comédie dont la Porte de l'Enfer est précisément une illustration partielle. Mais Rodin donne rapidement une signification plus générale à l'oeuvre en l'exposant isolément et en la réalisant dans des dimensions variées, jusqu'à la taille monumentale (anecdote : la taille originale de la statue est de 71,5 cm).
L'influence de la sculpture de la Renaissance italienne et particulièrement de Michel-Ange est sensible dans cette figure, redevable aussi à certains chefs-d'oeuvre du XIXème siècle comme l'Ugolin de Carpeaux, dont Rodin possédait un exemplaire. Le fait que l'homme sculpté soit nu représente bien cette influence de Michel-Ange et le fait qu'il puisse aussi être un symbole de la poésie.
Ce rapport à l'âme est ici l'essentiel du travail de Rodin. Pourtant pleine d'une force et d'une puissance retenue, mise en valeur par le travail de la musculature, la statue ne donne à la force physique que l'image de l'apparence extérieure. La véritable force existe davantage à travers l'évocation d'une puissance intérieure, comme l'expression des tourments de l'âme, des angoisses humaines.
La première exposition de l'œuvre en France en 1904 provoque le mépris ou l'amusement d'un partie du public et de la presse. En réaction est lancée une souscription pour couler la statue et une version définitive, plus grande, est offerte à la mairie de Paris en 1906 : il s'agit de celle qui est aujourd'hui dans les jardins de l'hôtel Biron à Paris, à savoir le musée Rodin depuis 1919.
Le musée Rodin (Paris, france)





